d'ailleurs

Essaouira, beau port de mer

Essaouira est le dernier arrêt avant le retour à la maison, une dernière croix tracée sur la carte de ce beau pays, où, pour la première fois, nous découvrons le nord de l’Afrique et ses possibles. On se réjouit déjà de se faire buriner la peau par le sable piquant nos yeux et la brise redoublant d’ardeur à l’approche de ce petit port de pêcheurs. Un arrêt in extremis, un détour à l’itinéraire initial déjà ambitieux, une pause de quelques heures pour le plaisir des sens et pour goûter la fraîcheur du poisson. La ville est un incontournable du Maroc, semble-t-il. On nous promet une petite bourgade détendue, loin du brouhaha des grands centres, une côte venteuse, brisées par l’incessante force des bourrasques chargées de sel qui oxydent les lèvres et transportent des tourbillons d’écume riches en volutes laiteuses sur les bords de remparts.

Depuis notre départ de Marrakech, les routes se font moins embouteillées, la conduite plus détendue et la pollution des villes fait place à des champs aux allures provençales où les récoltes brillent sous le soleil du printemps. Une impression de Côte d’Azur sympathique, où les ânes remplacent les voitures de luxe et de menues fermettes peuplent les champs. En empruntant la route qui coupe le territoire en deux, nous rallongeons notre périple déjà étiolé de quelques dizaines de kilomètres pour rejoindre la petite ville côtière, parce qu’il le faut.

J’ai laissé tomber mon poste chéri de préposée aux réseaux sociaux et de copilote enthousiaste pour prendre place à l’arrière. J’ai l’estomac dans les talons et la peau blême, mais une volonté de fer m’habite. Je somnole sur la banquette, ma tête retombant sur mon épaule au fil des virages. Je suis malade depuis quelques jours et vidée de toute énergie, mais je ne peux tout de même pas quitter le Maroc avec des regrets. Nos quatre (trois?) paires d’yeux scrutent le bord de la route nationale à la recherche de chèvres broutant du haut des cimes des arganiers. Nous observons méticuleusement l’accotement à la recherche de ces arbres rabougris aux branches tortueuses qui recèlent un fruit à l’huile aussi prisée que l’or sur nos peaux, l’argan. Soudain, un cri strident, un pied enfonçant le frein, une manoeuvre me faisant craindre pour ma vie, et, nous voilà, toutes quatre sorties de la voiture, le regard posé sur ces quelques biquettes acrobatiques batifolant sur les branches les plus solides, grignotant allègrement les fruits de l’arganier.

Légères, nous reprenons la route, satisfaites, nous mettons le cap sur Essaouira. Après avoir stationné notre petit bolide, nous empruntons la promenade où des pêcheurs, pieds nus arpentent le port bétonné, alternant entre des étals débordants des fruits d’une pêche miraculeuse. Nous apercevons la petite enclave protégée par les murs blanchis de la médina, érodés sous la force de l’Atlantique bouillonnant qui les martèle nuit et jour. Cette forteresse est suspendue au-dessus des flots déchaînés, telle une apparition céleste que l’océan tente de percer impunément. Malgré l’affluence des touristes, véritables fourmis dans cet enchevêtrement de dédales de ruelles immaculées, on prend le temps de déambuler pour s’y perdre à notre tour. On se fait doubler par des petits groupes d’enfants poursuivant une balle de mousse, on croise des pêcheurs démêlant des chapelets de filets bleus, on se fait mordiller les pieds par des chatons à la recherche de carcasses de fruits de mer abandonnées par les touristes insouciants. On commande un jus de pamplemousse sucré-salé par le vent maritime. On sillonne le port, alternant entre des barques bleues séchant au soleil et des mouettes posées sur des tas d’algues odorantes. Et toujours cette lumière qui pénètre les paupières closes devant le soleil qui se réverbère sur l’eau. Qui aveugle.

Nous nous posons, à l’abri du soleil sous une grande toile qui vibre sous la brise océanique ininterrompue. Des étals remplis du labeur des hommes de la mer, une abondance d’écailles et de fumets délicieux. Nous nous attablons entre un mélange pêle-mêle de locaux sirotant leur thé à la menthe sucré et de touristes attablés devant de généreuses montagnes de mollusques et de frites. Et nous le commandons finalement, ce tajine délicieux, mijoté avec du poisson pêché le jour-même déposé amoureusement sur son lit de couscous brûlant.

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