d'ailleurs

extraits voyageurs // Le ministère du bonheur suprême

Arundhati Roy nous revient en force avec ce nouveau roman coup de poing, chronique de l’Inde moderne, la plus grande démocratie du monde. Celle qui a dérobé mon coeur avec Le Dieu des Petits Riens, fait maintenant de son récit un puissant antidote à la haine, une critique de la laideur des conflits religieux et sociaux-politiques du sous-continent. Elle dépeint de ses mots durs, la guerre perpétuelle qui gronde entre deux pays qu’elle connaît bien, l’Inde et le Pakistan, causée, entre autres, par un désir de mainmise sur la magnifique et convoitée région du Cachemire. Ces deux pays frères-ennemis depuis la partition, sont tous deux initiateurs d’affrontements sanglants et d’injustices cruelles depuis des dizaines d’années. Cette toile de fond jette les bases d’un récit contrastant, parfois choquant, qui met en scène des personnages atypiques d’exclus attachants.

De sa plume unique, elle nous offre une histoire captivante qui se campe dans le vieux Delhi, une ville de mille merveilles, mais aussi de mille inégalités, une ville dure, une ville de survivants. Dès les premières pages du roman, de ce conte de fée des temps modernes grinçant, nous rencontrons Ajun, « vieille hijra, un « Lui qui est une Elle », (qui) fait d’un cimetière du vieux Delhi son foyer, et, de ce foyer, une maison d’invités, accueillant les âmes à réparer d’une guerre sans fin au Cachemire». Cette brillante autrice indienne frappe encore une fois dans le mille avec cette prémisse unique, fait un récit brillant de l’exclusion et de la résilience.

Ce que Les Libraires en disent: « Comment écrire une histoire brisée ? En devenant peu à peu tout le monde. Non. En devenant peu à peu tout. »Le Ministère du Bonheur Suprême nous emporte dans un voyage au long cours, des quartiers surpeuplés du Vieux Delhi vers la nouvelle métropole en plein essor et, au-delà, vers la Vallée du Cachemire et les forêts de l’Inde centrale, où guerre et paix sont interchangeables.»

Le Fort Rouge a toujours joué un rôle important dans la reconstruction de l’histoire de la Khwabgah [La Khwabgah avait été nommée ainsi parce que c’était un lieu où des personnes spéciales, bénies, étaient venues, porteuses de leurs rêves irréalisables (…) À la Khwabgah, les Saintes Âmes prisonnières de corps inadéquats étaient libérées] (…) elle imposait, (…) une excursion au Fort pour assister au spectacle son et lumière qu’on y donnait. Elles partaient en groupe dans leurs plus beaux atours, des fleurs dans les cheveux, se tenant par la main, plongeant au péril de leur vie dans la circulation de Chandni Chowk – un enchevêtrement de voitures, bus, rickshaws et carrioles à cheval manoeuvrés par des individus qui parvenaient, allez savoir comment, à conduire dangereusement à la plus faible vitesse imaginable.

Le Fort, gigantesque plateau de grès rouge, surplombait la vieille ville. Il occupait une si grande part de son horizon que les habitants avaient cessé de la remarquer. (…) Passé les douves, emplies d’ordures et de moustiques, puis l’immense portail, la ville cessait d’exister. Des singes aux petits yeux fous défilaient de haut en bas de remparts imposants dont l’esprit moderne n’aurait su concevoir l’échelle et l’élégance. À l’intérieur du Fort, c’était un autre monde, un autre temps, un air différent (…) et un ciel différent. Ce n’était plus la bande étroite, dessinée par la rue, qu’on apercevait avec difficulté à travers l’embrouillamini des câbles électriques, mais une étendue sans limites où tournoyaient les éperviers, poussés par les courants chauds, dans le silence des hauteurs.

Sources: Le ministère du bonheur suprême un roman d’Arundhati Roy (p.69) & Les Libraires.

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