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extraits voyageurs // Nirliit

Nirliit signifie « Oie » en inuktitut, l’un des grands dialectes de la langue inuit.

Ce titre-image est puissant et sert parfaitement le propos de ce roman où en réalité on s’éloigne ici de la pureté de l’oie blanche pour plonger dans les thèmes de la migration, du départ et de l’abandon. Le titre du roman de Juliana Léveillé-Trudel réfère à « ceux qui, pour la plupart, montent au Nord le temps d’une saison de labeur et qui en repartent à la façon des oies sauvages, venus y profiter du soleil de minuit avant de fuir à temps les rigueurs de l’hiver. Ils y vont par idéalisme, pour faire de l’argent, par simple goût de l’aventure ou pour y calmer leur mal de vivre. ».

La littérature et les romans du Nord sont de plus en plus mis à l’honneur dans le paysage littéraire québécois et c’est tant mieux. Au-delà des étendues virginales de la toundra arctique, de l’immensité des paysages et de la profondeur des fjords, il existe de profonds drames humains et sociaux qui secouent ces petites communautés recluses, qui vivent des injustices immenses, une violence ordinaire et une misère que l’on tente d’ignorer à grand coup de manque d’instruction, de désinformation ou simplement de préjugés.

Je vous partage aujourd’hui cet extrait qui présente à la fois la grande dureté de l’existence  et du quotidien de ces petits villages et réserves reculées du grand Nord québécois, mais en même temps la résilience, l’amour et le partage au sein d’une même grande famille qu’est le village. Nirliit est un roman coup de poing, la langue et les propos y sont parfois crus, mais il demeure toutefois un récit bien ficelé que j’ai grandement aimé et que je conseille à tous pour saisir un peu plus la réalité des habitants de Salluit au Nunavik.« Juliana Léveillé-Trudel livre un récit d’amour et d’amitié beau et rude comme la toundra. Nirliit partage la « beauté en forme de coup de poing dans le ventre » qu’exhale le Nord.». À mon avis, cette lecture se doit d’être partagée pour éveiller les consciences et comprendre les enjeux actuels auxquels font face les Premières Nations de notre propre pays et des peuples autochtones du monde entier.

« Moi, j’aime ça, ici. J’aime les enfants, les gens, la langue, les chiens, les paysages, le soleil de minuit, les aurores boréales, les caribous, la toundra, les montagnes, les balades. J’aime qu’on soit douze dans une boîte de pick-up pour descendre la côte de l’aéroport au grand vent. J’aime les paquebots qui mouillent majestueusement dans la baie et tout le va-et-vient autour. J’aime le fjord peu importe sa couleur et son niveau d’agitation. J’aime cueillir les moules à marée basse et mourir intérieurement en me disant que j’ai chassé mon souper. J’aime le dos blanc des bélugas qui viennent percer la surface de l’eau, quand j’ai été fine. J’aime les enfants qui se ramènent de la marina avec un trophée de pêche presque plus gros qu’eux, le fabuleux omble chevalier. J’aime me coucher sur les rochers, les jours de temps doux, et fixer au loin de détroit d’Hudson qui m’appelle en chuchotant. J’aime faire démarrer un autre-roues en tirant sur la corde parce que ça fait plus viril. J’aime que tout le monde connaisse mon nom. J’aime la terre qui tremble au passage d’un troupeau de caribous. J’aime le village qui se donne des airs de fantôme quand le brouillard se lève. J’aime aller cueillir des bleuets et ne pas en rapporter un seul parce que j’ai passé tout mon temps à m’empiffrer, le cul dans la mousse et le lichen. J’aime ça ici. »

Nirliit // Page 36 // Juliana Léveillé-Trudel

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Source: Les libraires // Le Devoir.

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