Hampi
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d'ailleurs

La fois où j’ai dormi avec des rats

Je l’avoue, j’avais (un peu) peur des rats. Mais ça, c’était AVANT d’aller en Inde. Maintenant, les rares petits et mignons rongeurs que je pourrais croiser sur mon chemin à Montréal, je les trouve presque attendrissants de par leur petitesse et leur propreté. Les filles de ma famille partagent cette frousse héritée de ma mère quelqu’un dont je tairai le nom. Je savais donc pertinemment qu’en allant en Inde, je risquais d’en croiser. Et beaucoup.

Au début de notre voyage, ils se faisaient discrets, voire invisibles, vaquant à leurs occupations secrètes de rats bien occupés à farfouiller dans les montagnes de déchets sur le bord des routes, à voler quelques provisions d’un marché coloré ou à courser dans les murs des hôtels mal construits.Le premier contact avec eux s’est relativement bien passé; j’ai à peine remarqué la bête filer rapide comme l’éclair entre mes pattes à bord du premier train indien que l’on a pris. C’est d’ailleurs grâce à ma voisine de banquette qui a levé rapidement les jambes en m’indiquant qu’il y avait un rat en dessous de moi que je l’ai su. Jusque-là ça pouvait aller, je me disais bien naïvement qu’il ne grimperait pas sur moi, n’entrerait pas dans mon sac, qu’il serait tout simplement un rat voyageur partageant sa route avec des milliers d’Indiens et de touristes.

C’est à Hampi que ça se gâte.

Imaginez cette jolie petite bourgade perdue au milieu de la province du Karnataka: un temple plusieurs fois centenaire abritant une éléphante sacrée, une auberge de jeunesse baba cool composée d’une dizaine de bungalows flanqués de hamacs multicolores seulement accessible par bateau, des rizières verdoyantes à perte de vue, des singes qui s’amusent à se lancer des noix de coco sur le toit et j’en passe. L’idée était d’y poser nos sacs quelques jours pour profiter de l’endroit comme un havre de paix exotique quasi mystique. Et c’est là que je suis tombée malade. Pas un petit rhume qui se règle par deux trois sachets de soupe lipton. Plus le genre de cochonnerie qui te fait jeûner plus d’une semaine et que la moindre odeur un peu trop intense vient à bout de ton estomac fragile, et ce, peu importe où tu es. J’adorais l’endroit où nous avions élu domicile avant de tomber malade, ce n’était pas cher et l’on était presque en pleine nature à jouer aux hippies. Mais c’est dur de se remettre sur pied quand tu dors sur un matelas épais de deux centimètres, que tu n’as pas d’eau chaude dans ta douche-salle-de-bain-crasse et que ton voisin de droite est une latrine bien fréquentée. Mais le pire, c’était que notre chambre était infestée par des rats noctambules en cavale.

Oui, oui, vous avez bien lu.

J’étais enfiévrée le premier soir où j’ai été témoin de leur présence. Je me levais péniblement à chaque heure en direction des toilettes, quittant dans les vapes notre petit cocon pas trop hermétique composé d’un moustiquaire troué. Alors que j’étais sur le point de me rendormir pour la énième fois, je sens quelque chose tomber sur ma main posée à plat sur le dessus de mon oreiller juste en haut de ma tête. Quelque chose qui gigote et qui se sauve quelques secondes après l’atterrissage. J’étais à ce point K.O. que je me suis convaincue que c’était un petit lézard. Il y en avait des dizaines qui se languissaient sur les murs de la chambre pour fuir la chaleur. Je me suis même paisiblement rendormie sans trop me formaliser de ce qui venait de se passer. La nuit suivante, couchée sur le côté, je vois une petite ombre grimper agilement sur mon sac, posé à quelques centimètres du lit pour chopper un morceau de pain qui attendait sagement que je retrouve l’appétit. Puis, l’ombre saute sur le sol pour continuer sa course vers le mur devant le lit et, à mon plus grand désespoir et étonnement, grimpe littéralement à la verticale sur le mur pour rejoindre la corniche, une ouverture béante entre la fin du mur en terre et le début du toit de paille.

– Myriam, je pense qu’il y a un rat dans la chambre…

Mon amie est paisiblement endormie à mes côtés. Moi, je commence à me sentir encore moins bien et je me demande si je serais mieux de filer dehors (avec les serpents, les brigands et toutes les autres bestioles que tu n’as pas envie de croiser à trois heures du matin) ou rester ici dans mon lit avec un gros rat gras qui me surveille du coin de l’œil. Myriam se réveille, et en adulte courageuse et amie formidable qu’elle est, s’extirpe du moustiquaire et va ouvrir la lumière pour mieux voir qui est notre visiteur impromptu. Il se tenait là, bien arrogant avec ma miche de pain entre ses petites dents, les yeux brillants de victoire, même pas pressé de se sauver. C’était le king le l’auberge, je crois bien. Je vous épargne les méchants mots qui se sont échappés de ma bouche cette nuit-là, mais je redoutais le moment où l’appel de la cuvette se ferait sentir précipitamment.

Les trois nuits suivantes ont été un peu pénibles, je l’avoue, parce que oui, nous sommes restées dormir dans cette auberge hantée de rongeurs pas gênés. J’ai appris que TOUS les petits hôtels du coin étaient infestés de ces indésirables qui règnent en seuls rois et maîtres à Hampi. Je me disais qu’en dormant la lumière allumée, les petits coquins ne viendraient plus nous déranger et n’oseraient encore moins s’aventurer dans le périmètre de notre lit. Erreur. Ils (oui il y en avait plusieurs) prennent, pendant les trois nuits suivantes, un malin plaisir à courir sans répit en cercles autour de notre chambre, sur le rebord du mur, probablement heureux de mieux voir leur piste d’athlétisme improvisée. Et moi, au moindre bruit, je me réveillais en sursaut pour les localiser et leur faire des doigts d’honneur en silence pour éviter de réveiller mon amie qui ne se formalisait pas de leur présence. Même si l’ampoule était allumée toute la nuit, je dormais avec notre lampe de poche sur la poitrine, pour tenter de les effrayer, durant les nombreuses pannes de courant nocturnes, en leur pointant la lumière dans les yeux et en les couvrant d’injures qu’il me faisait le plus grand bien d’expulser. Eux semblaient au contraire bien amusés par notre présence et ma témérité d’enfant de maternelle. J’ai bien compris qu’en Inde, ces bestioles n’inquiètent pas trop les habitants qui parfois même les vénèrent…Vous vous doutez bien que pour la fin de mon voyage, j’ai développé un radar surpuissant pour les repérer en vitesse, dans les gares, les rues, les marchés, mais heureusement ç’a été la seule fois où j’ai dormi avec des rats.

Vous en voulez encore? Regardez ce petit vidéo pour vous rincer l’œil…

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4 COMMENTS

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    Claire

    Un texte qui tient en haleine, tout du long. Que tu es brave, ma fille, jamais je n’aurais supporté une telle invasion autour de moi. Chapeau! Tu es une grande fille, j’avoue.

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    January

    None can doubt the veicraty of this article.

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    Lili

    Hahaha c’est vraiment drôle la fonc dont tu as écris ca. Je vis a quebec et j’en ai présentemment chez moi(infstation) et je suis flippée. Mais ton histoire me montre qu’il y a bien pire..

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      Anne Bernard
      AUTHOR

      Haha! Effectivement, ce n’était pas trop agréable, mais je suis certaine (et je te le souhaite) que les rats québécois sont plus petits et plus sympas…

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