d'ailleurs

Trains

Il n’y a seulement que quelques marches qui nous séparent de la terre lorsque nous sommes à bord d’un train, cependant, dès que l’on monte à bord d’un wagon, c’est tout un univers qui nous distancie du monde.

On a toujours le temps de monter à bord d’un train. Eh non, je ne me prend pas pour la Josélito des blogueuse, mais bien pour une jeune femme qui savoure la lenteur alanguissante de ce moyen de transport. Qui est, soit dit en passant, mon préféré. Je me remémore ainsi les nombreux trains pris au cours de ma jeune vie et déjà, je ressens une urgence de coucher ces souvenirs sur papier, parce que c’est trop important, trop précieux pour oublier. Bien des trains déjà. Et que de souvenirs tendres! Des reminiscences paisibles qui me font revivre et ressentir le roulis régulier du train sur les rails.

Train 2

Mon premier souvenir ferroviaire remonte déjà à une vingtaine d’années. Certains pourraient croire qu’il s’agit du fruit de mon imagination bien fertile, mais je suis prête à jurer que ce baptême des rails, je l’ai bien vécu, croix de bois, croix de fer. Je peux même avancer avec certitude que ce premier voyage en train est probablement la pierre d’assise de mon insatiable envie de bouger. Je me revois, étendue dans le compartiment d’un train en mouvement et je peine à fermer l’oeil. Mon petit corps repose sur une large banquette prenant tout l’espace de cet endroit reclus où y sont également logées ma grand-mère Lucile et ma petite soeur, qui dort paisiblement entre nous deux. Je me tiens à quelques centimètres de la fenêtre, les ombres de paysages inconnus défilent lentement, nous nous dirigeons vers la Gaspésie. C’est un premier grand voyage sans mes parents dont je suis pleinement consciente, un premier voyage sur la terre de nos ancêtre pour bébé Luce. J’ai environ 4 ans et lorsque je suis couchée, je ne peux voir que l’immensité du ciel étoilé. Ma soeur roupille tranquille, un beau petit paquet de douceur en couches tout près de mon corps qui se tortille, j’ai déjà des regards de tendresse envers elle. Ma grand-mère me répète d’essayer de m’endormir, mais je ne peux tout simplement pas. Excitée par le voyage, je prend pour la première fois goût à ce sentiment d’évasion et de liberté.

Au fil de mon enfance, j’ai embarqué à bord de plusieurs trains en destination d’une brève aventure, d’un instant d’errance de trop courte durée. Nous empruntions souvent le train de banlieue pour nous rendre au centre-ville depuis l’Ouest-de-l’Île. Et c’était toujours pour des évènements spéciaux: une journée à la Ronde, un après-midi à bouquiner au Salon du livre, une ballade au Vieux-Port ou une visite dans un musée. Que la gare centrale était belle et grande! Je prenait part avec plaisir au brouhaha de ce lieu de passage, évidemment à une bien petite échelle à ce moment-là. Ensuite, l’adolescence est arrivée soudainement, avec des envie d’indépendance bien marquées. Le train était devenu le moyen de transport le plus rapide et facile pour me rendre à Montréal et dans les environs. Je sautais dans le train avec plaisir pour aller rejoindre mon insulaire lavallois d’amoureux. À l’âge de 18 ans, j’en ai convenu que ces petits trajets étaient devenus trop courts. J’avais envie de m’asseoir à bord d’un véritable train de passagers au long cours, pour collectionner les kilomètres et m’imprégner de coups d’oeil nouveaux déroulant devant mes yeux.

Train 4

C’est en France que j’ai réellement validé cette passion de globe-trotteuse. Nous avons sillonné l’Hexagone de l’Atlantique à la Méditerranée à bord de trains de multiples formes et vitesses. Les TGV étaient fantastiques autant que les TER étaient reposants. Pendant ces six semaines, j’ai chéri mon passe Eurail tout fripé autant que mon précieux passeport flambant neuf. À Paris, j’ai entendu le jingle de la SNCF résonner à mes oreilles pour la première fois, un doux son que j’ai toujours en mémoire, un vers d’oreille synonyme d’escapade. Le train était devenu pour moi plus qu’un simple moyen de transport, il me permettait, à peu de frais, de vivre ma passion pour le voyage au grand jour. L’heure de prendre le train était toujours un moment de fête. À chaque gare son accent, sa particularité régionale, ses appétissantes pâtisseries. L’années suivante, c’était un rêve d’Europe qui nous mena à reprendre un passeport ferroviaire multipliants les destinations et les découvertes. Se rendre de Paris à Bruxelles en quelques heures à peine était hallucinant; l’idée de traverser deux pays en l’espace d’un clignement de cils n’était plus impensable pour une citoyenne d’un pays aussi immense que le mien. Je traversait les frontières comme on collectionne des timbres. Les barrières linguistiques s’estompaient au fur et à mesure où les gares européennes se dévoilaient remplies de repères.

Train 7

À la recherche d’exotisme, j’ai décidé de troquer les vieux pays pour les grandeurs mythiques de l’Asie. Il est beaucoup plus simple de sauter dans un autobus lorsqu’on découvre l’Asie: le prix des billets est ridicule et le chauffeur passe littéralement nous prendre à notre auberge. Cependant, je cultivait toujours cette envie folle de prendre un bain de foule dans une gare asiatique. Finalement, c’est en Chine que j’ai monté pour la première fois à bord du plus looooooong et populeux trajet de train de ma vie.  Nous avions décidé de nous acheter (à la sueur de nos fronts) les billets les moins chers, ceux de troisième classe pour ce voyage entre Shanghai et Hong Kong. Premier choc: les voyageurs se précipitent dans les wagons à l’ouverture des portes. Ils sont chargés comme des mulets et bien souvent accompagnés de leur famille entière et, bien sûr, ils nous dévisagent lorsqu’on les suit. Le laborieux embarquement terminé, le doute que cette traversée du continent ne serait pas une partie de plaisir persistait. Vérification faite: les trains chinois sont effectivement intensément bondés et cacophoniques. En troisième classe nous partagions notre petit espace composé de deux banquettes avec cinq autres personnes, dont une jolie fillette étendue sur mes cuisses, suçotant avec plaisir pattes de poules après patte de poule. Une petite table entre les deux banquettes se faisant face composait notre seul et précieux avoir du trajet. Même au coeur de la nuit, les gens fument, rient, mangent et jouent dans les compartiments remplis à pleine capacité. Les lumières restent également allumées et de la musique retentit des hauts parleurs savamment disposés autour des passagers. Je n’ai que peu dormi durant cette vingtaine d’heures qu’a duré le trajet, mais j’avoue qu’à la simple vue des rizières verdoyantes parsemées de travailleurs au lever du jour, j’ai compris le pourquoi du comment de ma présence. Quelle aventure!

Train 3

Je n’ai pas beaucoup voyagé durant les années qui ont suivi ce périple extraordinaire, prise entre les études et mon nouvel appartement. Je l’avoue, j’ai souvent rêvé de reprendre la route durant ces six années de sédentarité. Ce n’est seulement que l’année dernière, en parcourant l’Inde que j’ai pu revivre le plaisir des heures passées à flâner dans un train. Nous avons parcouru l’immensité du sous-continent indien du sud au nord à bord de multiples trains et durant presqu’une centaine d’heures, mais toujours en sleeper class (3e classe)! Ce pays mérite  largement qu’on le visite à bord de wagons remplis de visages souriants et de saris multicolores, puisque la beauté des paysages ne se savoure réellement qu’au fil du roulis de la locomotive. Des vendeurs de nourritures et de masala chaï allègent le trajet tandis que les Indiens partagent généreusement leurs repas et d’intéressantes discussions sur les différences entre nos cultures. Nous choisissions immanquablement les couchettes supérieures afin de préserver notre sommeil de regards (ou de rongeurs) indiscrets ou afin de pouvoir s’y réfugier à notre guise pour dormir. J’adore dormir dans une  de ces couchette bien ferme, on s’y sent étrangement en sécurité et confortable. À bord d’un train, manger, dormir, partager et rire ont simplement toujours meilleur goût. J’attend impatiemment de continuer mes escapades ferroviaires et je rêve déjà de traverser l’immensité de la Sibérie et les steppes mongoles bien installée dans un wagon en mouvement…

À suivre! 

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